Quinta-feira, Agosto 21st, 2008
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< Projets autour de Terre Verte
scénario non réalisé de Michelangelo Antonioni>
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Dans les premiers moments de la Seconde Guerre Mondiale, en 1940, Michelangelo Antonioni (1912-2007) écrit et publie dans le revue littéraire Bianco e Nero, nº10, une ébauche pour un film qui ne sera jamais réalisé.
Cette ébauche, intitulée par Antonioni “Terre Verte”, est elle-même basée sur un autre texte de Guido Piovene (1907-1974), publié dans le journal Corriere de la Sera en 1937 et intitulé “Ebauche pour un roman”. Ce texte racontait les derniers jours fertiles d’un Groënland qui était encore habitable, avant une ultime glaciation.
Un texte sur la lutte éternelle de l’être humain contre les éléments, contre la logique froide de la nature.
Ces textes sont traduits en français et édités par Alain Bonfand aux Éditions Images Modernes, Scénarios non réalisés: Michelangelo Antonioni (Paris, 2004).
Le présent projet réunit un ensemble de propositions autour de ces textes, ébauche d’une ébauche qui ne demande pas à être concrétisée…
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— Proposition I —
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[faute d'artiste]
Rédiger le texte de Piovene en reconstituant les fautes d’orthographe les plus courantes de Gustave Courbet, présentes dans sa Correspondance personnelle.
(Les détracteurs de la Commune de Paris accusaient Courbet – l’un de ses protagonistes – de ne pas savoir écrire, le ridiculisant à cause de ses nombreuses fautes d’orthographe);
Ébauche d’un roman
Guido Piovene
Il y a combien d’annés? Je ne me rapelle pas: mais j’ai lu ou entendu que les cotes du Groënland, ou une partie de ces cotes, se couvraient de fleur à proximité du Gulf Strim. Ainsi elles acceuillaient de véritables villes. Mais le courant du Golfe dévia vers le large, la glaciation s’étendi progressivement vers la mer, les gens des villes se retrouvairent dans des champs de neige devenus stériles.
J’ignore le nom de ces villes, l’époque de cet exode, et même la géographie exacte; je ne suis même pas sur que ce que je raconte est eu lieu. Ce n’est qu’une notion vague de toute façon dans l’océan de tous ce que j’ignore. Et d’ailleur, aujourd’hui encore je refuserai d’ouvrir une enciclopédie au mot “Groënland”, pour être cultivé comme il se dois. L’image me suffit, un champ de blé au soleil, une étendue de fleurs aussi bleu que le ciel et qui s’étaignent peu à peu dans un souffle froid.
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— Proposition II —
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Suivre les observations sur la langue parlée par le peuple Chinook, d’Amérique du Nord, faites par Franz Boas et citées par Levi-Strauss dans La Pensée sauvage et selon lesquelles, par exemple, la proposition “le méchant homme a tué le pauvre enfant” devient “la méchanceté de l’homme a tué la pauvreté de l’enfant“. Cela reviendrait à remplacer une langue-adjectif par une langue-substantif.
Réécrire le texte de Terre Verte en suivant les principes linguistiques et philosophiques de la langue chinook.
[Aujourd’hui, ce peuple n’existe plus qu’à l’état de groupes résiduels]; (…) Oui, ils regarderaient vers l’intérieur: la verdure d’une plaine, sillonnée de l’exténuation de traînées de vapeur, où la lumière tremblerait en un moire abricot et rose. La finesse et l’invisibilité des pluies, les arcs-en-ciel et les corbeaux la traverseraient. Lors de la beauté du temps, il y aurait cette égalité de lumière, sans réverbérations, qui suggère l’image de l’éternité (…)
Les chevaux se sont mis à hennir en se tournant vers les terres, la glacialité d’un vent a traversé l’air. Les eaux de la mer virent par moment à cette insondabilité du bleu, celui d’un oeil sans pupille, comme seuls donnent par contraste la blancheur d’un fond de sable ou la corniche d’un glacier. (…)
Dans la condamnation de la ville, j’imagine la précarité et l’erreur des sentiments, la décadence d’une civilisation prendre racines en très peu de temps et pour mourir.
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— Proposition III —
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Réaliser Terre Verte. Mais à l’inverse du texte d’Antonioni, où les personnages – impuissants – acceptent leur sort et fuient vers des terres plus accueillantes, cette nouvelle version présentera des personnages prêts à se battre contre le changement climatique;
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hypothèses de lutte:
a. les personnages mettent le feu à des puits de pétrole pour réchauffer le climat;
b. les personnages utilisent des camions anti-barricades (anti-émeutes) de la gendarmerie française comme chasse-neige pour faire reculer les glaces qui envahissent les champs;
c. les personnages contruisent un mur, avec l’objectif d’empêcher les glaces étrangères de passer la fontière;
d. les personnages conçoivent de grands systèmes de chauffage fonctionnant avec l’énergie des vagues;
e. les personnages bloquent les routes d’accès à la capitale avec des barricades pré-fabriquées;
f. les habitants tentent de dévier le Gulf Stream par des moyens inconnus.
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— Proposition IV —
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Dans le film Blow-Up (Antonioni, 1966), le photographe découvre un meurtre grâce à l’observation d’une image en second plan de l’une de ses photographies, prise dans un jardin public.
Je propose de photographier les seconds plans des peintures exposées au Musée du Louvre et de coller ces fonds sur une nouvelle composition, un nouveau paysage inconnu et utopique;
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— Proposition V —
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Les textes ont été écrits en 1937 et 1940, avant la fin annoncée d’un monde. Je propose de mener une réflexion sur le thème “Cela aurait-il valu la peine de repousser la Seconde Guerre Mondiale?”;
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— Proposition VI —
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Effacer illégalement de toutes les encyclopédies existantes dans les bibliothèques publiques de Paris, avec du correcteur liquide, les entrées de Michelangelo Antonioni et de Guido Piovene;
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— Proposition VII —
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Congeler avec de l’azote liquide (environ -273 Cº) – connu sous le nom de “zéro absolu” – un exemplaire du livre Scénarios non réalisés et de le briser sur le sol;
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— Proposition VIII —-
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Organiser un “reenactment” in situ de la traversée faite par le funambule français Philippe Petit (1949-), entre les tours jumelles de New York, le 7 août 1974;
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— Proposition IX —
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Démolir la colonne de la place Vendôme, le 16 mai 2010, le jour du 139ème anniversaire de sa première démolition;
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— Proposition X —
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Emprunter à mes amis un maximum d’atlas et d’ouvrages géographiques et de les réunir chez moi, afin de m’instruire sur la géographie du Groënland; je rechercherai en même temps les ruines de cette civilisation avec l’aide des satellites de Google Earth;
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— Proposition XI —
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Réaliser le film jamais concrétisé d’Antonioni avec des acteurs de langue inuit et le sous-titrer en chinook;
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— Proposition XII —
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Dessiner quelques propositions, en utilisant le principe du Google Image qui convertit n’importe quel mot en image, et inclure ces dessins dans le présent projet;
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— Proposition XIII —
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Je propose que le Groënland cesse de s’appeler Greenland en anglais;
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— Proposition XIV —
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Abandonner un drapeau du Groënland dans une exposition de peintures de Gabriel Orozco;
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— Proposition XV —
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Décréter l’independance du Groënland sans sortir de Paris;
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— Proposition XVI —
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Dédier la proposition antérieure à la mémoire de Lord Byron (1788-1824), dont la sépulture se trouve en Grèce;
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— Proposition XVII —
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Embaucher plusieurs musiciens du métro (individuels ou en groupe) et organiser avec eux un parcours cacophonique, dans lequel chacun jouerait ce qu’il connait comme il le peut. Ce parcours se réaliserait à travers les passages parisiens du XIXème siècle, où Walter Benjamin (1892-1940) eut l’intuition de la genèse de la modernité;
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